LE
JAPON, L'EMPEREUR ET
L'ARMEE
Comment
soixante ans après sa défaite, le Japon est redevenu l'une des plus
grandes puissances militaires au monde malgré sa constitution pacifiste.
Aujourd’hui, la
politique japonaise est comme un bateau sans capitaine qui flotte au
large du Pacifique. Le Japon souffre et s’interroge sur sa position
dans le courant de la politique internationale après la guerre froide.
Le
12 septembre 2007, le Premier Ministre du gouvernement japonais, Shinzô
Abe, démissionne. Né en 1954, il est le premier ministre n’ayant pas eu
l’expérience de la guerre. En à peine un an à la tête du pays, Shinzô
Abe a fait passer de force trois mesures qui préparent des réformes
constitutionnelles: changement de la loi sur l’Education Nationale,
installation d’un ministère de la Défense, et adoption d’une loi sur un
référendum qui emmène le pays vers une réforme de la Constitution, et
une révision de l’Article 9.
L’article 9 déclare le principe
de non-belligérance du Japon et symbolise le renouveau moral du pays
après-guerre. L’originalité et la force de cet article sont de prôner
l’esprit pacifiste. Le 3 mai 2007, à l’occasion des 60 ans de la
Constitution japonaise, le Premier Ministre Shinzô Abe annonce son
intention de réviser l’Article 9 de cette Constitution. Pourquoi ce
moment-là pour une telle déclaration ?
Retour sur les
moments forts de l’Histoire du Japon. Le 15 août 1945, l’Empereur
annonce à la radio reconnaître les termes de la Déclaration de Postdam.
Le Japon va vivre dès lors un immense bouleversement :
dissolution
de l’Armée, tribunal militaire pour les criminels de guerre, libération
des femmes, démocratisation de l’éducation, lois sur les élections
législatives, réforme agraire, reconnaissance du syndicalisme... Le
Japon vire de bord dans chaque domaine de la société. Toutes ces
réformes de grande ampleur sont apportées par la Constitution japonaise
dictée par Mac Arthur, général en chef des Forces d’Occupation.
Dès
1954, l’esprit pacifiste de la Constitution est bafoué avec la création
des Forces d’auto-défense. Depuis, la puissance militaire du Japon n’a
cessé de s’affirmer, relayée par l’exaltation des groupes
néonationalistes. Elle totalise aujourd’hui 250 000 soldats et
a
hissé son budget militaire au 4ème rang mondial. L’opinion publique
japonaise est divisée. Perpétuer l’ambiguité de cette situation pour
éviter une militarisation croissante et préserver un esprit pacifiste
jugé essentiel ou bien réviser l’article 9 afin que le Japon puisse
participer aux conflits, l’arme à la main.
Dans les années 80,
le Japon est arrivé en tête des grandes puissances économiques
mondiales et il réclame depuis une reconnaissance politique. Sa volonté
est de jouer un rôle sur la scène internationale. Cette reconnaissance
ne lui est pas accordée pour l’instant, à cause de son implication
auprès des forces nazies durant la Seconde guerre et de son expansion
colonialiste dans la sphère asiatique. Aujourd’hui, il demande un siège
au Conseil des Nations Unies dont il est le premier financier et il
entend bien y parvenir. Le Japon veut contribuer physiquement aux
conflits du monde mais l’article 9 empêche cette participation.
Le
film interroge cette remise en cause de l’essence pacifiste de
l’article 9. Il retrace les événements historiques qui ont conduit à la
rédaction de cet article unique au monde par son esprit non
belligérant. Il nous emmène au coeur de la contradiction qui s’est
creusée entre les institutions et la réalité et analyse les motivations
profondes des néonationalistes qui, au sein même du pouvoir, réclament
« le droit à la guerre ».
Nous écouterons les
défenseurs de l’article 9 où des voix s’élèvent, de plus en plus
virulentes, venant de tous les horizons et de toutes les générations.
Une association pour soutenir l’article 9 a été créée par neuf
intellectuels japonais, écrivains, journalistes et philosophes qui ont
vécu la guerre durant leur enfance et qui considèrent l’article 9 comme
le symbole de l’identité japonaise et du renouveau de leur pays. Ces
intellectuels ont salué la naissance de la Constitution promulguée en
1947, socle de la démocratie. L’article 9 est le symbole du Japon
après-guerre. Ils ont conscience, avec d’autres Japonais de la même
génération, de vivre actuellement un moment de crise de l’histoire de
leur pays.
L’article 9 met en abîme toutes les contradictions
inhérentes à la société japonaise. Les résoudre revient à dessiner
l’avenir politique de ce pays et ses relations avec le reste du monde.